CHANSONS ET MUSIQUES D'ORIGINES DIVERSES

  Des hommes dans le temps ont eu cette façon de tenir face au vent :


  Chercheurs de roues et d'eaux libres, forceurs de pistes en Ouest, par les cañons et par les gorges et les raillères chargées d'ans - Commentateurs de chartes et de bulles, Capitaines de corvée et Légats d'aventure, qui négociaient au prix du fer les hautes passes insoumises, et ces gisements au loin de mers nouvelles en plein ciel, dans leur mortier de pierre pâle, comme une lactation en songe de grandes euphorbes sous la meule...


  Et par là-bas s'en furent, au bruit d'élytres de la terre, les grands Itinérants du songe et de l'action ; [...]

 



 Et la terre oscillait sur les hauts plans du large, comme aux bassins de cuivre d'invisibles balances,


 Et c'étaient de toutes parts, dans une effloraison terrestre, toute une fraîcheur nouvelle de Grandes Indes exondées, et comme un souffle de promesses à l'ouverture de grands Legs - dotations à fonds perdu et fondations de sinécures, institution de majorats pour filles nobles de grands poètes vieillissants...


  Les Cavaliers sous le morion, greffés à leur monture, montaient, au grincement de cuir, parmi les ronces d'autre race... La barbe sur l'épaule et l'arme de profil, ils s'arrêtaient parfois à mesurer, sur les gradins de pierre, la haute crue de terres en plein ciel succédant derrière eux à la montée des eaux. Ou bien, la tête haute, entourés de moraines, ils éprouvaient de l'œil et de la voix l'impasse silencieuse, à fond de cirque, comme aux visions grandioses du dormeur l'immense mur de pierre, à fond d'abîme, scellé d'un mufle de stupeur et d'un anneau de bronze noir.



 

 Et les mers étaient vastes, aux degrés de leur songe, dont ils perdaient un jour mémoire sur les plus hautes marches.


 Et d'avoir trop longtemps, aux côtes basses, dans les criques, écouté sous la pluie l'ennui trouer la vase des vasières, et d'avoir trop longtemps, au lit des fleuves équivoques, poussé comme blasphèmes leurs coques lourdes d'algues, et leurs montures, de sangsues, ils émergeaient, la lèvre haute au croc du rire, dans les trouées de fièvre du ciel bleu, fouettés d'alcool et de grand vent.

 [...]

 

 les grands itinéraires encore s'illuminent au revers de l'esprit, comme traces de l'ongle au vif des plats d'argent.

 




 

 

 Saint-John Perse, Vents, III, 2 (1960)