CHANSONS ET MUSIQUES D'ORIGINES DIVERSES

 

O Brunnen-Mund, du gebender, du Mund,

der unerschöpflich Eines, Reines, spricht, -

du, vor des Wassers fließendem Gesicht,

marmorne Maske. Und im Hintergrund

 

 

der Aquädukte Herkunft. Weither an

Gräbern vorbei, vom Hang des Apennins

tragen sie dir dein Sagen zu, das dann

am Schwarzen Altern deines Kinns

 

 

vorüberfällt in das Gefäß davor.

Dies ist das schlafend hingelegte Ohr,

das Marmorohr, in das du immer sprichst.

 

 

Ein Ohr der Erde. Nur mit sich allein

redet sie also. Schiebt ein Krug sich ein,

so scheint es ihr, daß du sie unterbrichst.

 

 

 

 

 

 

Ô bouche de fontaine, ô libérale, ô bouche

qui profères inépuisablement l'unique et pur -

devant le visage fuyant de l'eau

masque de marbre. Mais dans la distance

 

 

montée des aqueducs. De loin, passant auprès

des tombes, depuis la pente des Apennins

ils viennent te porter ta parole, qui par-

dessus la noirceur de ton menton vieillissant

 

 

jaillit en avant, jusque dans la vasque !

C'est là l'oreille déposée dormante,

l'oreille de marbre où tu murmures à jamais.

 

 

Une oreille de la Terre. À nul elle ne parle,

sauf à soi-même. Qu'une cruche en glissant s'interpose,

elle croira que tu l'interrompts.

 

 

 

 

Rainer Maria Rilke, Sonnets à Orphée, II-15 (1922, traduction de Claude Vigée, Arfuyen, 2005)